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Prendre de nouvelles habitudes

Publié le jeudi 30 avril 2020
RĂ©digĂ© par 
tanghejimmy

[box] « Alors on change ? » Cette nouvelle rubrique est consacrĂ©e Ă  celles et ceux qui dĂ©cident de prendre de nouvelles habitudes. DĂ©couvrez le tĂ©moignage de StĂ©phan Ă  propos de l’utilisation de langes lavables
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Pourquoi est-ce si dur de changer une habitude?

A la crĂšche, lorsque je voyais des parents qui dĂ©posaient leur enfant avec des langes lavables, je trouvais vraiment qu’ils en faisaient trop. C’était un peu exagĂ©rĂ©. Et puis, franchement, Ă©tait-ce bien nĂ©cessaire ? Le bilan avec lavage est quasi aussi mauvais. Il me semble en tout cas avoir lu ou entendu une conclusion qui allait dans ce sens.

C’était comme ça pour nos deux premiĂšres filles.

Jusqu’à ce que des amis dĂ©posent chez nous une caisse de langes lavables dont ils n’avaient plus d’utilitĂ©. Notre 3Ăšme fille venait de naĂźtre. Il devenait difficile de ne pas essayer. Mais nous avons encore un peu traĂźnĂ©. « L’arrivĂ©e d’un nouveau-nĂ© est dĂ©jĂ  un tel changement ! » Et puis, ces langes lavables sont-ils vraiment adaptĂ©s aux nouveau-nĂ©s ? Je devais Ă  nouveau sĂ»rement avoir lu ou entendu quelque chose lĂ -dessus. C’est ça.

Il aura pour finir fallu une rĂ©union de quartier. Le sujet est abordĂ© par hasard autour d’un verre. Deux familles sont dans la mĂȘme dĂ©marche, dans le mĂȘme questionnement que nous. Ils ont l’air tout de mĂȘme plus dĂ©cidĂ©s, plus rassurant aussi. « Ça prend un peu plus de temps, oui, mais bon, si on n’est pas prĂȘt Ă  faire un petit effort  ». Nous nous mettions aux langes lavables dĂšs le lendemain, sans interruption depuis 1 an et demi.

Aujourd’hui, faire marche arriĂšre serait impossible. Utiliser des langes jetables Ă  la maison me semblerait aussi absurde que servir le dĂźner dans de la vaisselle en plastique. Les diffĂ©rences d’impact environnemental sont d’ailleurs du mĂȘme ordre.

Comment avons-nous pu traĂźner autant ? Quel Ă©tait ce frein si puissant ? La peur de l’inconnu, bien sĂ»r. On n’aura pas le temps. Il faut investir. Et puis c’est trop sale ! Mais tous ces arguments, nous les avons depuis rĂ©duit Ă  rien**. La raison Ă©tait encore ailleurs.

Changer une habitude, c’est accepter qu’on s’est trompĂ© pendant des annĂ©es… Pour nous, passer aux langes lavables, c’était accepter que les 8500 langes utilisĂ©s pour nos 2 premiers enfants auraient pu ĂȘtre remplacĂ©s par 30 langes lavables. Dur.

Cet exemple des langes lavables me fait comprendre toute la difficultĂ© de changer vers une sociĂ©tĂ© plus durable. Chaque geste que nous changeons, chaque habitude que nous adaptons, c’est accepter que nous avons mal fait, que nous nous sommes trompĂ©s pendant si longtemps, parfois mĂȘme durant une gĂ©nĂ©ration. J’entendais la mĂȘme chose du pĂšre agriculteur d’une copine qui reprend sa ferme et la convertit au bio. Il rĂ©alisait que sa fille ne s’inspirait en fait que des habitudes de son pĂšre Ă  lui. Et que lui s’était trompĂ© durant des dĂ©cennies avec son utilisation du phyto.

Mais non.

Justement, personne ne s’est trompĂ©. Il n’y a aucun reproche Ă  faire. Et rĂ©ussir Ă  rendre notre sociĂ©tĂ© durable passera aussi par comprendre cela. Changer n’est pas une critique de notre passĂ©. Nos dĂ©cisions n’étaient pas mauvaises. Nous vivions juste dans un autre monde aux architectures diffĂ©rentes. Évoluent le temps, le budget et les prioritĂ©s, notre famille et nos amis, l’information disponible et l’attention mĂ©diatique
 Changer ne veut pas dire juger le passĂ©. Les deux dĂ©marches sont importantes mais il est crucial qu’elles soient indĂ©pendantes.

Et si l’on dit que notre monde change deux fois plus vite qu’avant, essayons de juger deux fois moins nos actions passĂ©es. Ce ne sera pas simple. Notre monde d’aujourd’hui est dĂ©jĂ  diffĂ©rent de celui d’il y a 2 mois…

La solution rĂ©sidera en partie dans l’effet de groupe et le partage qui s’y fait. RĂ©aliser que l’on n’est pas le seul Ă  devoir, vouloir ou pouvoir changer, est souvent le premier pas. Le monde associatif, les institutions publiques, les voisins, la famille, tout le monde pourra y jouer un rĂŽle dĂ©cisif.

Cette pĂ©riode de crise nous force Ă  la rĂ©flexion. Elle est Ă©galement propice Ă  la rĂ©flexion et au changement. J’espĂšre que cette note puisse ĂȘtre une petite contribution.

Portez vous bien,
Stephan

** Cela demande un peu plus d’organisation, oui. Et ce n’est pas tout rose. Mais cet effort est vraiment rĂ©compensĂ© par l’impact sur l’environnement et le portefeuille. Quel plaisir de voir les poubelles dĂ©barrassĂ©es d’un tel volume de produit pĂ©trolier !

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