« Alors on change ? » Cette nouvelle rubrique est consacrée à celles et ceux qui décident de prendre de nouvelles habitudes. Découvrez le témoignage de Stéphan à propos de l’utilisation de langes lavables…

 

Pourquoi est-ce si dur de changer une habitude?

A la crèche, lorsque je voyais des parents qui déposaient leur enfant avec des langes lavables, je trouvais vraiment qu’ils en faisaient trop. C’était un peu exagéré. Et puis, franchement, était-ce bien nécessaire ? Le bilan avec lavage est quasi aussi mauvais. Il me semble en tout cas avoir lu ou entendu une conclusion qui allait dans ce sens.

C’était comme ça pour nos deux premières filles.

Jusqu’à ce que des amis déposent chez nous une caisse de langes lavables dont ils n’avaient plus d’utilité. Notre 3ème fille venait de naître. Il devenait difficile de ne pas essayer. Mais nous avons encore un peu traîné. « L’arrivée d’un nouveau-né est déjà un tel changement ! » Et puis, ces langes lavables sont-ils vraiment adaptés aux nouveau-nés ? Je devais à nouveau sûrement avoir lu ou entendu quelque chose là-dessus. C’est ça.

Il aura pour finir fallu une réunion de quartier. Le sujet est abordé par hasard autour d’un verre. Deux familles sont dans la même démarche, dans le même questionnement que nous. Ils ont l’air tout de même plus décidés, plus rassurant aussi. « Ça prend un peu plus de temps, oui, mais bon, si on n’est pas prêt à faire un petit effort… ». Nous nous mettions aux langes lavables dès le lendemain, sans interruption depuis 1 an et demi.

Aujourd’hui, faire marche arrière serait impossible. Utiliser des langes jetables à la maison me semblerait aussi absurde que servir le dîner dans de la vaisselle en plastique. Les différences d’impact environnemental sont d’ailleurs du même ordre.

Comment avons-nous pu traîner autant ? Quel était ce frein si puissant ? La peur de l’inconnu, bien sûr. On n’aura pas le temps. Il faut investir. Et puis c’est trop sale ! Mais tous ces arguments, nous les avons depuis réduit à rien**. La raison était encore ailleurs.

Changer une habitude, c’est accepter qu’on s’est trompé pendant des années… Pour nous, passer aux langes lavables, c’était accepter que les 8500 langes utilisés pour nos 2 premiers enfants auraient pu être remplacés par 30 langes lavables. Dur.

Cet exemple des langes lavables me fait comprendre toute la difficulté de changer vers une société plus durable. Chaque geste que nous changeons, chaque habitude que nous adaptons, c’est accepter que nous avons mal fait, que nous nous sommes trompés pendant si longtemps, parfois même durant une génération. J’entendais la même chose du père agriculteur d’une copine qui reprend sa ferme et la convertit au bio. Il réalisait que sa fille ne s’inspirait en fait que des habitudes de son père à lui. Et que lui s’était trompé durant des décennies avec son utilisation du phyto.

Mais non.

Justement, personne ne s’est trompé. Il n’y a aucun reproche à faire. Et réussir à rendre notre société durable passera aussi par comprendre cela. Changer n’est pas une critique de notre passé. Nos décisions n’étaient pas mauvaises. Nous vivions juste dans un autre monde aux architectures différentes. Évoluent le temps, le budget et les priorités, notre famille et nos amis, l’information disponible et l’attention médiatique… Changer ne veut pas dire juger le passé. Les deux démarches sont importantes mais il est crucial qu’elles soient indépendantes.

Et si l’on dit que notre monde change deux fois plus vite qu’avant, essayons de juger deux fois moins nos actions passées. Ce ne sera pas simple. Notre monde d’aujourd’hui est déjà différent de celui d’il y a 2 mois…

La solution résidera en partie dans l’effet de groupe et le partage qui s’y fait. Réaliser que l’on n’est pas le seul à devoir, vouloir ou pouvoir changer, est souvent le premier pas. Le monde associatif, les institutions publiques, les voisins, la famille, tout le monde pourra y jouer un rôle décisif.

Cette période de crise nous force à la réflexion. Elle est également propice à la réflexion et au changement. J’espère que cette note puisse être une petite contribution.

Portez vous bien,
Stephan

** Cela demande un peu plus d’organisation, oui. Et ce n’est pas tout rose. Mais cet effort est vraiment récompensé par l’impact sur l’environnement et le portefeuille. Quel plaisir de voir les poubelles débarrassées d’un tel volume de produit pétrolier !

 

 

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